Les anniversaires et les souvenirs : Lénine
Par le Professeur Muhammad Hamidullah
Extrait de *France-Islam*, n°45-46, 1970, pp. 10-11
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Vladimir Ilitch Oulianov, dit Lénine (1870-1924), est ce qu'il est dans la religion communiste. Évidemment le centenaire de sa naissance a été célébré avec un éclat convenable à la place qu'occupe l'URSS dans la vie internationale. Les mémoires posthumes de quelqu'un qui l'a connu personnellement méritent d'être connus et médités.
Il s'agit de 'Ubayd Allah Sindhi. Lors de la domination anglaise sur le continent indien, il s'expatria et se réfugia en Russie. Au moment de la Première Guerre mondiale, il était là. Donc il a connu la révolution bolchéviste, et il a connu les dirigeants qui l'ont emportée en fin de compte. 'Ubayd Allah Sindhi s'installa par la suite à La Mecque, puis, après le départ des Anglais, rentra au Pakistan pour y mourir. On l'y vénère comme un saint et un grand savant.
Il rapporte que, arrivé au pouvoir, Lénine réunit un jour une assemblée ultra secrète de ses amis les plus intimes, et leur dit : « La venue au pouvoir du communisme n'est pas une fin en soi, il faut également penser à sa survie. Cela ne sera possible que s'il prend en considération les grandes lois de la nature humaine. L'homme est composé à la fois de son corps et de son esprit. Notre doctrine prend en charge son corps. Il faut que nous pensions aussi à ses besoins spirituels. Quelle religion faut-il choisir pour la marier avec le communisme ? J'ai étudié toutes les religions, passées et présentes, et j'ai trouvé que seul l'Islam semble se conformer au communisme... »
Les cris et les hurlements troublèrent l'assemblée. Alors Lénine leur dit : « Mes chers amis, nous sommes venus ici pour quelque chose de grave, pour l'avenir de notre mouvement, et non pour des questions passionnelles. J'attends de vous une attitude digne de notre mouvement. Je n'ai pas pris une décision ; j'ai voulu vous consulter pour prendre une décision. La question ne peut pas non plus être décidée sur le champ. Je vous donne une année de réflexion : à pareille date, dans un an, nous nous réunirons ici et alors on prendra la décision. »
La nouvelle en parvint au service secret britannique, qui vit un danger dans l'alliance de l'Islam avec le communisme et avec la Russie. Tout de suite, on rédigea une question : « Que disent les ulémas sur une religion qui nie l'existence de Dieu, qui usurpe les biens des gens, etc. » Le fatwa signé par les ulémas d'al-Azhar et autres — ne connaissant pas l'arrière-plan de la question — ne mâchèrent pas leurs mots pour déclarer qu'une telle doctrine est contre l'Islam [sic]. On imprima des centaines de milliers de copies de ce fatwa — et il en existe encore qui furent distribuées dans le monde entier. Une copie parvint même jusqu'à Lénine, et il déclara : « Je me suis trompé, les théologiens musulmans ne sont pas mieux que les dirigeants des autres religions. » Pour lui, l'affaire fut close.
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Référence : Article original publié dans *France-Islam*, n°45-46, 1970, pp. 10-11
Auteur : Professeur Muhammad Hamidullah (1908-2002)
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